couleurs de la solitude




Photographier la nature et ses paysages sauvages témoigne déjà d’une sorte de parti pris pour la sérénité ; sur le terrain, les photographes de paysages sont souvent de grands solitaires qui aiment se retrouver seuls et silencieux devant le spectacle des éléments. Mais si l’on va plus loin, ce n’est pas une simple question de tempérament personnel ; preuve en est que nombre de gens, tout à fait sociables et grégaires, sont également touchés par ce type de photographies…

 

Une image montre bien plus que son sujet, et dans une certaine mesure on peut même dire que le sujet n’a pas grande importance : ce qui est important, vital, ce sont les émotions que fait naître cette image. Pour moi, l’essentiel n’est pas dans l’anticipation et sa cohorte de repérages, mais dans l’ouverture d’esprit ; la découverte, le regard qui se pose, la symbiose avec l’environnement, le plaisir d’être là, au présent, comptent davantage que mon projet final. J’avance d’un pas tranquille, attentif à chaque rayon de lumière, à chaque scène qui s’offre à moi. Mes photographies ne sont pas le fruit de ma volonté, elles me sont proposées par la nature, offertes par le hasard. Rien n’est sûr. Le moment vécu prend le pas sur la garantie du résultat… Cette approche est une source intarissable d’émotions car elle s’ancre profondément dans l’instant ; ce qui est ressenti l’est sans détours, sans artifices. Les sentiments n’en sont que plus vifs, plus acérés. Ils naissent d’une ombre, d’un souffle, d’une perspective ; ce ne sont plus les mots, les histoires ou les concepts qui déclenchent nos sensations comme des processus attendus, mais la simple vérité des sens. J’espère alors que ce qui sera intensément vécu sera intensément ressenti par le spectateur.

 

Force est de constater que la nature a cette faculté extraordinaire de nous apaiser. En dehors de nos villes et de l’existence extrêmement codifiée que nous y menons, nous nous sentons plus libres et plus réceptifs à ce qui nous entoure. Mais cette lucidité particulière nous met aussi face à nous-mêmes : nos doutes, nos remords, nos souvenirs, le sens de notre vie, et notre solitude… C’est alors que les paysages entrent parfois en résonance avec notre âme. Tout contribue à cette complicité : le relief, la végétation, la saison, le moment de la journée et surtout les couleurs. La lumière est intarissable de stratagèmes pour métamorphoser les éléments ; chaque configuration peut nous renvoyer à un sentiment différent, mais certaines d’entre elles semblent nous toucher plus profondément, plus viscéralement que les autres.

 

La photographie est rarement perçue comme un art, en particulier la photo couleur : elle est si proche du réel que nous avons l’impression que c’est simplement le réel. Le noir et blanc gomme cette dimension colorée et devient naturellement différent de la réalité ; on admet donc plus volontiers qu’il puisse être « artistique » et transcender le quotidien. La couleur s’avère pourtant un magnifique outil créatif ; c’est un langage en soi, une faiseuse de rêve tout autant qu’un stimulant émotionnel. Certes, elle décore, elle enjolive, elle distrait à l’occasion, mais fait aussi bien davantage : la couleur va au-delà de la forme, elle l’habille, la modèle, la rend agissante. C’est une vibration. Dans certains contextes, elle baigne toute chose, même l’air !

 

Chacun de nous entretient sa propre perception du monde, à travers le filtre de ses sensations, de son éducation, de sa culture ; photographier est incontestablement un acte subjectif et créateur. Mais c’est aussi, et surtout, un acte de partage ; on peut partager ses joies et ses enthousiasmes, comme livrer sa mélancolie ou sa fragilité. C’est le sens de ces photographies. Elles proposent un regard double sur cette nature que j’aime tant : une contemplation admirative de ces équilibres subtils entre ciel et terre, et un regard intérieur où la quête de soi imprègne toute chose.

 

Je vous livre ma solitude nue et baignée des couleurs du temps et de la vie. 

 

 

 

 

 

      Présentation :

 

 

 

-    une vingtaine de photographies, format 30x40 cm

 

-    un concept image + son : chaque photo est associée à une musique qui exprime le sentiment, l’émotion ressentie par le photographe… la diffusion est assurée par des écouteurs individuels (lecteur CD ou mp3..).

 

-   la solitude s’exprime aussi dans la façon de se confronter à chaque photographie : le spectateur est « isolé » des autres images et du public en entrant dans un « isoloir ». Un simple système de rideaux ou de petits renfoncements sera en place pour que chaque image soit vue par une seule personne à la fois ; comme le photographe était seul face au paysage contemplé…

 

 

L’objectif est d’amener le public à ressentir les photographies, plutôt qu’à simplement les regarder. C’est une démarche qui insiste sur la vraie nature de ce support : plus qu’une représentation du réel, c’est avant tout une passerelle entre le photographe et le spectateur, une communication muette, mais sensible