PLANETE FRANCE

 

Le concept Planète France :

tous les paysages du monde sont en France !

 

 

 

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" Jamais aucun livre de voyages ne m’a surpris autant que celui-ci, surpris et émerveillé !
J’ai longtemps cru, comme tous les amateurs d’exotisme et de dépaysement, qu’il fallait nécessairement embarquer à bord d’un vol long courrier pour découvrir des paysages inconnus, plus sauvages, plus fascinants à d’autres bouts du monde, encore et toujours plus loin. L’herbe est toujours plus verte ailleurs… C’est bien connu ! Nous savons pourtant tous que cela est faux, malgré tout nous sommes si souvent partis à des milliers de kilomètres pour ressentir des émotions, des sensations fortes au vu de beautés naturelles somptueuses ou inattendues.
Cet ouvrage est la démonstration éblouissante qu’il en est autrement. La France, aussi étonnant que cela puisse paraître, contient la planète entière dans toute sa splendeur et toute sa variété, un peu comme si le Monde s’était concentré là.
J’ai la chance d’avoir vu du ciel la réalité de ce phénomène dont nous pouvons tous profiter : les plus beaux panoramas sont ici, parfois même à peu de distance les uns des autres. Depuis plus de quinze ans je survole la France en hélicoptère. Combien de fois ai-je eu le souffle coupé devant ces montagnes somptueuses, ces gorges et ces canyons vertigineux, ces forêts luxuriantes qui s’apparentent à des jungles amazoniennes, ces rivages et ces îles tropicales sublimes. Croyez-moi le massif du Mont-Blanc n’a rien à envier à l’Himalaya, l’archipel de Glénan ou des Lavezzi aux Seychelles, les carrières d’Ocres de Rustrel à la Cappadoce turque, et tant d’autres exemples que vous allez découvrir en feuilletant ce livre.
Les chinois ont coutume de dire qu’une image vaut 100 000 mots, vous en avez la preuve entre les mains. Laissez-vous aller à la rêverie, à la contemplation et allez surtout voir de vos propres yeux ces miracles de la nature.
Bienvenue sur la planète France !
"

 
Sylvain Augier
 





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Une vie d’homme n’est pas faite pour embrasser l’éternité ; et nos regards ne peuvent embrasser d’un coup l’immensité qui nous entoure. Un paysage est justement la plus vaste entité que nos cinq sens sont en mesure d’appréhender d’un seul élan. Au-delà, l’esprit se voit contraint de morceler, puis de recomposer. 

 

Il y a dix ans, je marchais, ou plutôt je vagabondais parmi les hêtres et les bouleaux de Fontainebleau ; seul, sous le bruissement des feuilles fraîches et tendres du printemps, je m’imprégnais de la forêt. Depuis quelques semaines à peine, j’avais décidé de me lancer dans la photographie et d’abandonner mon ancienne carapace de consultant. Un choix de vie plus qu’un caprice, une nécessité plus qu’un raisonnement. Sous mes pas, le sable blanc et onctueux des gorges d’Apremont rendait mon cheminement parfaitement silencieux ; au sommet d’une petite crête jonchée de grès rondouillards s’étalait une vaste platière. Un désert à peine buissonnant, sec, minéral, où trônait le squelette majestueux d’un chêne antique, débarrassé de toute écorce. Une atmosphère de bush australien régnait ici, aux portes de Paris. L’ignorant encore, j’entamais l’un de mes premiers tours du monde : sans quitter la France j’allais découvrir des années durant des horizons fabuleux, des ambiances magiques et improbables, de petits miracles d’exotisme, les tableaux vivants de tous les continents de la planète. 

 

Protéger la nature, les plantes, les animaux, la couche d’ozone, se prémunir des pollutions, surveiller nos rejets de carbone, tout cela est entré dans nos moeurs ; les medias, les associations écologistes et les scientifiques y veillent judicieusement. Mais qu’en est-il de la préservation des paysages ? Question que peu de gens semblent se poser. Et pourtant, si la biodiversité constitue un enjeu majeur, que dire de la matrice de cette vie organique, de cet écrin géologique, climatique, topographique ou hydrographique que constitue un paysage. Chacun de ces paramètres conditionne l’écosystème qui s’y épanouira. Si le relief et la localisation géographique ne sont guère maîtrisables par l’homme, beaucoup d’autres variables sont susceptibles d’être modifiées. Depuis la simple nuisance esthétique d’une ligne à haute tension, jusqu’à l’assèchement d’un marais ou la percée d’une autoroute, notre capacité de nuisance est grande. Mais le danger le plus sournois et le plus immédiat réside dans l’homogénéisation, la destruction lente et progressive de la diversité. À l’image des zones agricoles, où même la mosaïque des bocages ou des cultures se raréfie, nos campagnes ne tolèrent plus guère la fantaisie ou le contraste. 

  

Que seront pour nos enfants les symboles prochains d’un paysage sauvage : un champ de coquelicot, pire, une parcelle de colza ? Qui osera encore imaginer une montagne vierge de remonte-pentes ou les brumes mystérieuses d’une tourbière au petit matin si nous n’y prenons pas garde ? La France est encore riche d’une extraordinaire palette paysagère, un patrimoine probablement unique au monde. 

  

Chaque région recèle des trésors méconnus des français eux-même. En dehors de toute notion de  réserve ou de parc, ces sites sont d’une valeur inestimable : ils nous livrent ce que nous recherchons tous, à savoir la beauté, l’émerveillement et la paix. 

Un paysage nous apprend bien davantage sur notre imaginaire que sur la configuration d’un lieu ; à travers lui s’entame un grand voyage intérieur. Souvent je me suis entendu dire que mes photographies étaient dépaysantes, qu’elles évoquaient d’autres latitudes, d’autres mondes. Instinctivement, c’est vrai, j’ai toujours recherché l’ailleurs : la plupart du temps je le vois et le ressens presque partout. Une sorte de prédisposition à oublier où je suis et ce qui devrait m’être familier. Je m’ouvre systématiquement à la découverte. Pour moi, l’essentiel n’est pas dans l’anticipation et sa cohorte de repérages, mais dans l’ouverture d’esprit. Le regard qui se pose, la symbiose avec l’environnement, le plaisir d’être là, au présent, comptent davantage que mon projet final. J’avance d’un pas tranquille, attentif à chaque rayon de lumière, à chaque scène qui s’offre à moi. Mes photographies ne sont pas le fruit de ma volonté, elles me sont proposées par la nature, offertes par le hasard. Rien n’est sûr. Le moment vécu prend le pas sur la garantie du résultat. Cette approche est une source intarissable d’émotions car elle s’ancre profondément dans l’instant ; ce qui est ressenti l’est sans détours, sans artifices. Les sentiments n’en sont que plus vifs, plus acérés. Ils naissent d’une ombre, d’un souffle, d’une perspective ; ce ne sont plus les mots, la géographie ou les concepts qui déclenchent nos sensations comme des processus attendus, mais la simple vérité des sens. J’espère alors que ce qui sera intensément vécu sera intensément ressenti par le spectateur. Cet exercice mène à un dépaysement systématique car je ne cherche jamais à illustrer ce que l’on s’attend à voir. La région et ses stéréotypes sont oubliés, les paysages que je découvre n’ont plus aucune nationalité. Pour voir l’ailleurs, il faut être nulle part. 

 

Longtemps j’ai envié certains confrères plus audacieux ou plus fortunés, dont les lointains périples concrétisaient tous mes désirs. Pour un photographe de paysages, les pays étrangers, à l’image des parcs américains ou des plaines d’Afrique, font office de rite de passage dans la cour des grands. Rester en France ce serait tourner en rond, se cantonner au déjà vu ; les baroudeurs avertis vous regardant de haut, amusés par vos efforts dérisoires de gagne-petit. Mais j’ai très vite découvert le potentiel extraordinaire de l’hexagone et de la perle Corse. En fait, la France est peut-être bien le pays de tous les pays. 



Chaque année, Frédérique Roger et moi, nous nous sommes immergés dans une région différente, élaborant de véritables expéditions soigneusement préparées des mois à l’avance ; car si le regard photographique s’épanouit dans l’inconnu d’un lieu, le choix des destinations reste à déterminer avec soin. Nous épluchons littéralement tous les guides touristiques, les magazines, un maximum de livres et de sites Internet, afin de constituer la base documentaire la plus étoffée possible. Des centaines, voir des milliers de sites naturels sont ainsi recensés ; très peu sont alors illustrés d’images et il nous faut tout notre savoir-faire, notre instinct et notre expérience du terrain pour choisir les destinations finales sur lesquelles nous nous rendrons. Une fois sur place, je passe rarement plus de deux ou trois heures sur chaque site ; cela fait partie de notre règle du jeu, et je me plais dans cette éphémère confrontation avec les éléments. Je conçois mes prises de vue comme une rencontre, une visite chez un hôte, et c’est à moi de faire avec ce que je vais y trouver. La nature n’est pas à ma disposition, du moins je ne le conçois pas comme tel. 



De fil en aiguille, nous avons édité une douzaine de livres et de guides, publié des dizaines de reportages, toujours dans le même but : révéler et faire partager nos plus belles découvertes, réhabiliter le paysage naturel comme un genre majeur, tant d’un point de vue esthétique que patrimonial. Il y a dix ans, GEO nous soutenait déjà dans cette démarche tandis que les éditeurs regardaient avec des yeux ronds ces deux illuminés persuadés d’étonner les foules avec des paysages de France. Fallait–il être naïfs, ou fort peu avertis des exigences du grand public déjà au diapason d’Ushuaïa ? 

Force est de constater que nos efforts n’ont pas été vaincs puisque d’autres photographes nous ont récemment emboîté le pas. Les paysages français reprennent du galon. Mais je voulais aller plus loin, dépasser le confortable pré carré du palmarès national pour donner la pleine mesure de notre patrimoine paysagé : une planète, oui, rien de plus rien de moins, c’était là l’idée juste. La France est une planète car elle incarne et expose toutes les ambiances du monde. Incroyable prétention que ce postulat, mais plus incroyable encore la réalité qui le conforte. 

  

Les quelque 113 sites qui composent cet ouvrage sont loin d’être exhaustifs ; un tome II serait d’ors et déjà envisageable. Et, ainsi que vous allez le découvrir, tous ces lieux trouvent leur équivalent aux quatre coins de la terre. Il ne s’agit pas de domaines secrets et inaccessibles, d’édens périlleux ou de compositions pour photographes de paysages vus du ciel ; chacune de ces parcelles du monde peut êtreappréciée si vous le souhaitez, sans kérosène, sans héroïsme ni fortune. Puissiez-vous y retrouvervos émotions de voyages lointains, tout en prenant conscience du caractère unique et précieuxde ses merveilles. 



Chacun de nous entretient sa propre perception du monde, à travers le filtre de ses sensations, de son éducation, de sa culture ; photographier est incontestablement un acte subjectif et créateur. Mais c’est aussi, et surtout, un acte de partage ; on peut partager ses joies et sa mélancolie, comme livrer ses rêves ou ses convictions. C’est le sens de mes photographies : une contemplation admirative de ces équilibres subtils entre ciel et terre, et une invitation militante, un plaidoyer passionnel pour ces paysages sauvages que j’aime tant. 


Fabrice Milochau
Photographe